POSTALE (ORGANISATION)


POSTALE (ORGANISATION)
POSTALE (ORGANISATION)

En 1874 naissait, à Berne, l’Union générale des postes, qui devint en 1878 l’Union postale universelle (U.P.U.). Cet organisme constitue, depuis 1947, une institution spécialisée de l’O.N.U.

La poste, depuis les origines, a pour but de servir de trait d’union entre les hommes, quelle que soit la distance qui les sépare. Cela s’avère d’autant plus que les administrations postales de tous les pays appliquent désormais les directives des organismes responsables de l’Union postale universelle (186 États membres au début de 1994) chargés de mettre en application les décisions des congrès réunis tous les cinq ans. Mais ses formes d’organisation et les modalités pratiques d’exécution de ses services sont variables selon les circonstances de temps et de lieu et l’évolution des techniques que la science et l’industrie mettent à sa disposition. La mise en œuvre des moyens modernes de traitement et de transport des correspondances ne manque pas d’avoir de nombreuses conséquences économiques, sociales et humaines sur les conditions de vie des postiers eux-mêmes et sur celles de leurs clients. Une telle organisation, vouée essentiellement à la communication, et une clientèle, qui, dans les pays développés, est passée d’une civilisation de type rural à un mode de vie urbanisé, doivent exercer l’une sur l’autre une influence réciproque.

Les premiers «messagers»

Le «cursus publicus»

Le mot «poste» vient du latin posta (station), qui dérive lui-même de positus (placé). Cependant, la poste existait avant que Rome ne lui donne son nom: Xénophon décrit déjà une organisation postale que Cyrus aurait mise en place pour gérer son immense Empire de Perse.Il est probable, d’ailleurs, que le besoin de communication et d’échange d’informations se fit sentir avant même que l’écriture ne vît le jour. Aux premiers messagers furent confiées des communications orales et, bientôt, des supports matériels marqués de signes conventionnels qui n’avaient de signification que pour l’expéditeur et le destinataire ou servaient simplement d’aide-mémoire au messager. Il n’y a pas si longtemps, les peuplades primitives d’Australie utilisaient les sticks-messages («messages par bâtons») marqués d’encoches et les Incas des quippos (ou quippous ), cordelettes de fils de laine de plusieurs couleurs sur lesquelles on plaçait des nœuds à différentes hauteurs.

Il est certain, cependant, que la poste parfaitement organisée date de la Rome impériale qui, partant à la conquête du monde, construisant les grandes routes militaires par où pourraient circuler à bonne allure les légions et les messagers, mit en place un service de communications à la mesure de ses ambitions et de ses besoins. Il prit le nom de cursus publicus , expression très significative qui montre à l’évidence que «des nécessités politiques furent à la base de la création postale» (E. Vaillé). Les messages émanant de la Ville éternelle pour les provinces furent d’abord transportés par des «coureurs» allant à pied ou à cheval. Bientôt, ce furent des véhicules qui portèrent non seulement le «courrier» mais aussi les fonctionnaires titulaires de «diplômes» spéciaux leur permettant d’emprunter les moyens de locomotion officiels. Deux sortes de relais étaient prévus sur les routes utilisées par le cursus publicus : les mutationes et les mansiones. Les premiers, comme leur nom l’indique, permettaient de changer de chevaux ou de véhicules. Les seconds, plus espacés, étaient aussi plus importants et constituaient des sortes de gîtes d’étape.

À côté de cette poste officielle fonctionnait très probablement celle des particuliers qui écrivaient, à l’aide d’un stylus , leurs missives sur des tablettes recouvertes de cire, sur du parchemin ou, plus souvent, sur «papyrus», dont les divers feuillets composant une lettre étaient reliés pour former des petits livres (libelli ) scellés à la cire.

La poste du Moyen Âge

Après les Grandes Invasions, il ne resta plus grand-chose de l’organisation postale mise au point par Rome. La route était libre, et quiconque pouvait transporter courrier, marchandises ou voyageurs. À côté de la «poste du roi» naquirent la «poste de l’université» et la «poste des moines». Les rois avaient à leur disposition des messagers à pied auxquels succédèrent des «chevaucheurs» qui, en cours de route, pouvaient réquisitionner des chevaux frais.

L’université de Paris avait su, dès sa création, attirer des maîtres et des élèves de toute la chrétienté: Français, Allemands, Espagnols, Anglais, Italiens, Grecs... Il fallait bien que des relations soient établies, non seulement pour l’échange de nouvelles avec les familles, mais aussi, et peut-être surtout, pour la transmission d’argent et de «bagages» dont la gent estudiantine a eu, de tout temps, le plus grand besoin.

Les moines ressentirent semblable besoin de communications. Quelques abbayes avaient créé des succursales non seulement dans leur pays d’origine mais aussi à l’étranger. Il convenait que des ordres soient transmis de la maison mère aux abbayes rattachées, qui à leur tour rendaient compte de l’exécution de ces ordres et donnaient des nouvelles des moines et de leurs activités.

Les messagers étaient le plus souvent des frères lais transportant des rouleaux (rotulae ) de parchemin qui grossissaient tout au long de la route au fur et à mesure que les succursales y ajoutaient des feuillets.

L’organisation postale

Il est, bien sûr, très difficile de fixer la date de naissance de la poste moderne. Cependant, l’année 1840 semble bien marquer le début d’une nouvelle ère dans l’histoire de l’organisation postale. Cette année-là parut en Angleterre le premier timbre-poste, dont Rowland Hill avait eu l’idée et qui allait bouleverser de fond en comble les règles de dépôt, d’acheminement et de distribution des correspondances.

Telles sont en effet les trois phases de la «vie» d’un objet confié à la poste et qui, sous toutes les latitudes, font l’objet d’une réglementation fondamentalement identique mais très diverse aussi selon les circonstances.

Le dépôt

Il est de règle, depuis la création des timbres-poste, que le montant de l’affranchissement soit acquitté, au départ, par l’expéditeur qui peut calculer les tarifs sur des bases très simples ne tenant compte que du poids de l’objet, de sa catégorie et du régime auquel appartient le pays de destination (intérieur ou international). Il faut que le nombre de bureaux soit suffisant pour permettre un contact facile avec l’ensemble de la population. On peut constater, d’ailleurs, que le nombre des bureaux s’accroît au fur et à mesure du développement économique et du progrès social. La Côte-d’Ivoire, par exemple, avait un seul bureau en 1862, quatre en 1894, cent vingt-quatre en 1964 et huit cent soixante-huit en 1991.

À l’inverse, dans certains pays, la concentration des populations dans les grandes villes entraîne la diminution du nombre de bureaux, en raison du dépeuplement des campagnes. Des mesures sont prises, toutefois, afin que la permanence du service postal soit assurée dans les points d’habitation les plus reculés; il peut l’être sinon par un bureau permanent, dont le trafic serait trop faible, du moins au moyen d’agences postales ou de recettes auxiliaires tenues par des personnes étrangères à l’administration, ou encore grâce à des guichets annexes mobiles installés sur des véhicules aménagés à cet effet ou à des guichets annexes fixes tenus quelques heures par jour par un agent venant du bureau principal. Avec 16 855 bureaux au 1er janvier 1993, la France conserve un réseau dense. Celui-ci était constitué de 9 891 recettes de plein exercice (établissements qui pratiquent toutes les opérations relatives aux services postaux, financiers, télégraphiques et téléphoniques), 1 242 guichets annexes, 2 614 recettes rurales, 3 093 agences postales et, survivance de la poste automobile rurale, 15 correspondants postaux.

Il n’est pas jusqu’au mode d’affranchissement qui ne suive la courbe du développement. Le timbre-poste, qui en 1840 constitua une vraie révolution et permit un bond en avant considérable du service postal, est de plus en plus détrôné par l’affranchissement mécanique réalisé au moyen de machines à affranchir. En France, où elles sont autorisées depuis 1923, on dénombrait 245 800 machines au 1er janvier 1993. Les expéditeurs, commerçants ou industriels, y trouvent leur compte grâce à la «flamme» publicitaire pouvant être associée, s’ils le demandent, à l’empreinte représentant l’affranchissement; les destinataires philatélistes ne sont pas toujours du même avis.

L’acheminement

Après que le courrier a été déposé au guichet des bureaux de poste ou dans les boîtes aux lettres, il doit être «traité» et transporté jusqu’à la localité de distribution. Les opérations de tri tiennent une grande place dans le traitement du courrier. Chaque bureau de poste, quelle que soit son implantation, peut recevoir des lettres, des cartes postales, des paquets pour n’importe quel bureau du monde. Selon l’importance du bureau, le tri sera très simple (par grandes directions) ou plus élaboré (lignes d’ambulants, séparations pour chaque pays étranger, pour les grandes villes, pour le courrier aérien). Il sera réalisé, selon les pays et l’équipement plus ou moins poussé des établissements, à la main ou à la machine. Dans la première hypothèse, le matériel utilisé n’est autre que le casier de tri dont les alvéoles sont surmontés d’une étiquette correspondant à la destination des correspondances qu’ils doivent recevoir. Des «batteries» de sacs sont prévues pour les paquets et les liasses de correspondances.

Les grands bureaux et les centres de tri des pays développés trient à la machine les objets de correspondances. Les paquets aux formes trop disparates se prêtant assez mal à une mécanisation très poussée, il ont fait l’objet d’une réglementation. La France a adopté en 1973 l’automatisation comportant la lecture optique des adresses et le tri automatique. La généralisation du code postal (1972) a ouvert la voie au tri électronique des objets marqués de bâtonnets fluorescents. En raison de l’accroissement constant du trafic (tabl. 1), mais aussi de la permanence de son monopole (pour les lettres et pour les papiers d’affaires n’excédant pas 1 kg) et du maintien de ses agents dans le statut de fonctionnaire, la poste française n’a pas traduit en termes de suppression d’emplois la mécanisation de son activité; on a plutôt assisté à des transferts d’attribution et même à la création de nouveaux postes de travail nécessités par les impératifs d’entretien et de maintenance des installations. Il pourrait en aller autrement sous la pression de la recherche de gains de productivité plus poussés, à la faveur des évolutions techniques.

Les opérations de tri ne constituent qu’un des aspects du problème de l’acheminement. On ne peut traiter d’organisation postale sans parler des moyens de transport utilisés par la poste qui, tout au long de son histoire, suit les progrès réalisés en matière de transports capables d’améliorer l’acheminement.

Les chars succédèrent aux «chevaucheurs» et aux «messagers» à pied. Il y eut le wagon-poste, la voiture à moteur, le paquebot-poste, le ballon-poste et enfin l’avion, qu’on ne peut citer sans évoquer l’épopée de l’Aéropostale et les noms prestigieux de ceux qui en furent les pionniers: Jean Mermoz, Antoine de Saint-Exupéry, Didier Daurat. La poste est l’un des premiers clients de l’aviation civile, car la lettre constitue, par sa légèreté, le fret idéal pour ce type de transport.

La distribution

Un dernier point retient l’attention: les conditions dans lesquelles le courrier à l’arrivée est mis à la disposition de ceux auxquels il est destiné. Dans les pays dits développés et exception faite des objets adressés en poste restante ou du courrier officiel, la distribution à domicile est devenue depuis longtemps la règle générale.

Dans d’autres pays, dits en développement, il n’existe le plus souvent qu’un embryon de distribution à domicile: il est vrai que le courrier destiné aux particuliers n’est pas très abondant et que, par ailleurs, les voies publiques n’ont pas toujours une dénomination précise. Les particuliers qui reçoivent régulièrement du courrier et les maisons de commerce souscrivent un abonnement à une boîte postale. Les objets qui ne peuvent y être classés sont conservés au bureau en attendant que les destinataires viennent les retirer. Un effort très sérieux est cependant réalisé dans ces pays pour développer, au moins dans les grandes villes, la distribution à domicile qui, incontestablement, améliore la qualité du service rendu aux usagers de la poste.

Dans le même temps, les pays du premier groupe ont paru suivre une évolution inverse: sans abandonner les principes de la distribution à domicile, deux nouveaux services ont été mis en place. L’un, pour les maisons de commerce et les usagers très importants, a été désigné en France sous le nom de Cedex (Courrier d’entreprise à distribution exceptionnelle); il permettait aux destinataires d’un courrier volumineux de venir le retirer gratuitement à l’emplacement choisi pour sa facilité d’accès et les possibilités de stationnement. L’autre, assurant la desserte des zones rurales, mais aussi suburbaines et estivales, a pris le nom de Cidex (Courrier individuel à distribution exceptionnelle): des batteries de boîtes aux lettres sont installées gratuitement par La Poste en des points facilement accessibles par les distributeurs ruraux motorisés; les usagers viennent retirer leur courrier et manœuvrent éventuellement un voyant s’ils désirent que le préposé se rende à domicile au cours d’une prochaine tournée. Des systèmes semblables ont été institués en Autriche, aux États-Unis et en Suède.

En France comme ailleurs, le développement d’une organisation aussi complexe est conditionné par un grand nombre de facteurs politiques, économiques et sociaux. Administration d’État relevant du budget annexe du ministère des Postes et Télécommunications jusqu’au 31 décembre 1990, La Poste est depuis cette date, comme France Télécom, un exploitant autonome de droit public. La loi du 1er juillet 1990 définit son objet social autour de trois axes: assurer le service public du courrier et du transport de la presse; transporter et distribuer, dans le respect des règles de la concurrence, toute sorte d’objets et de marchandises; offrir, dans le respect des règles de la concurrence, divers services financiers (moyens de paiement et de transport de fonds, produits de placement et d’épargne, etc.) [tabl. 2]. Ce statut donne-t-il à La Poste les moyens, notamment financiers, de poursuivre sa nécessaire adaptation aux besoins très évolutifs de sa clientèle? En 1993, le législateur n’a pas répondu par une décision de privatisation.

Encyclopédie Universelle. 2012.